Deux missionnaires adventistes suisses de retour du Moyen-Orient témoignent

Par Adventiste Magazine

Aline et François sont deux chrétiens adventistes qui ont décidé de tout quitter, l’été dernier, pour devenir missionnaires au Moyen-Orient. Le défi était déjà grand, mais tout s’est encore plus compliqué avec le conflit opposant les États-Unis d’Amérique et Israël à l’Iran. Aujourd’hui, rapatriés en Europe, mais sur place lors des premières attaques, ils témoignent.

Comment avez-vous connu l’Évangile ?

Nous venons de deux familles catholiques, pratiquantes mais nous n’avions pas l’habitude de lire la Bible. C’est suite à une rencontre avec une missionnaire brésilienne, qui nous a offert des études bibliques, que nous avons vraiment connu Jésus et l’Évangile.

Depuis votre conversion, quel aspect de votre vie a été le plus impacté par Dieu ?

La conversion n’a pas changé un seul aspect de notre vie, mais tous ! Tout a changé : notre manière de penser, d’agir, de parler, de nous comporter avec les collègues de travail, nos familles… jusqu’aux plus petits détails. Moi (Aline), j’ai commencé à m’habiller de manière plus discrète, à manger plus sainement car j’ai pris conscience que mon corps est le temple du Saint-Esprit. En rencontrant Jésus, il est impossible de rester le même et ne pas ressentir l’envie de changer.

Tout allait pour le mieux. Pourquoi donc troquer votre vie confortable pour une vie de missionnaire ? Surtout dans une région très réfractaire à l’Évangile et donc dangereuse pour les chrétiens ?

Notre expérience a été déterminante. Nous avons connu l’Évangile grâce à une missionnaire qui a quitté son pays, sa zone de confort, pour partager la Bible avec d’autres. Étant le fruit de cet effort, nous nous sommes sentis responsables d’apporter le message à d’autres également. Nous nous sommes sentis poussés à également quitter notre pays pour aller parler de Jésus aux autres, et particulièrement à ceux qu’on touche plus difficilement, qui n’ont pas un contact direct avec la Bible. Et pour nous, l’endroit n’avait pas d’importance : pays « dangereux » ou pacifique, nous étions prêts à partir là où Dieu voulait nous envoyer. Pour nous, le terrain est prospère et bénéfique si c’est Dieu qui nous envoie et qui nous guide.

⁠⁠Comment s’est passée votre installation au Moyen-Orient ? Quelles différences notables avez-vous remarqué avec l’Europe ? 

Notre installation au Moyen-Orient a été étonnement positive. En Occident, nous avons une vision déformée du Moyen-Orient. Certains pensent que ce sont des populations plus agressives. En arrivant, nous avons découvert un pays très bien organisé, propre, évolué. Les locaux sont très accueillants, aimables, sympathiques. Nous nous sommes sentis vraiment accueillis. C’est une leçon à ne pas tirer des conclusions hâtives au sujet d’autrui. C’est une expérience très gratifiante, personnellement. Et nous croyons que le Seigneur est partout, alors nous devons aimer les gens, indépendamment de leur culture, de leur style de vie. Dieu se révèle à tous et une des manières est d’aimer les gens. Cela fait partie de notre mission

Comment se vit la foi chrétienne sur place ?

Nous vivons notre foi ici, à l’image de Jésus lors de son passage sur terre. Il entrait en contact avec les gens, il se liait d’amitié et aidait sans compter. Notre foi est basée sur ce modèle : nous sommes en contact avec la population pour servir et partager au quotidien. Et le samedi, l’Église se réunit à l’église, qui est un immeuble dédié au service religieux. Cela n’est pas interdit ni caché, même si toutes les dénominations chrétiennes ne sont pas reconnues là-bas. Mais la pratique de l’école du sabbat et du culte est relativement identique à ce qui vit dans les églises du monde entier. Il y a des repas en commun, des moments sociaux. Et depuis notre arrivée, nous essayons d’introduire des actions telles que la visite dans les hôpitaux pour prier avec les malades. Et cela est très bien perçu et reçu par les patients, jusqu’à maintenant.
Nous participons également à un projet inter-confessionnel qui propose des activités manuelles et ludiques à des enfants d’un quartier « défavorisé ». Au cours de ces activités, le nom de Jésus est cité, comme par exemple à l’époque de Noël.
Et moi (Aline), je donne des cours de peinture à des femmes musulmanes exclusivement. Au nombre de quatre, elles sont très réceptives aux cours mais aussi aux échanges. Notre différence culturelle et religieuse n’empêche en rien la bonne entente, et même des amitiés sont en train de naître au sein du groupe.

Puis, au milieu de ce quotidien prometteur, la guerre ! Pouvez-vous nous raconter le premier jour de conflit là où vous étiez ?

C’était un samedi, jour de culte. Soudain, tous les téléphones ont commencé à biper dans la salle : c’étaient les alertes du gouvernement nous invitant à nous réfugier dans des endroits safe, de rester calme, de réaliser un stock de nourriture et d’eau pour un temps non défini. Nous avons donc tous quitté l’église, qui se trouve à un endroit central, et avons entendu un bruit assourdissant. Nous ne savions pas encore que c’était une bombe. Le chemin du retour implique de passer devant la base militaire nord-américaine, qui venait justement d’être attaquée et atteinte par un missile. Bien évidemment, cela crée automatiquement de la tension, du stress et donc un peu de chaos. On a vu les gens courir désespérément, des voitures essayer de faire demi-tour et se retrouver en contre-sens face à nous. En contraste, les policiers paraissaient calmes, tentant de rétablir l’ordre. Leur comportement était rassurant pour nous. Cela signifiait que le pays n’était pas à l’abandon. Mais le stress est revenu lorsque nous sommes allés acheter de l’eau et de la nourriture. Les supermarchés étaient bondés, les rayons déjà presque dévalisés. Là, nous avons pris conscience du sérieux de la situation. Après avoir réussi à acheter des petites choses, nous sommes allés nous réfugier chez nous. Nous avons prié, chanté, tout en suivant les nouvelles par les canaux officiels du pays. Toutefois, nous avons dû nous déplacer chez des amis car notre appartement, situé au dernier étage d’une haute tour, était plus sensible aux attaques par missiles. Avec eux, nous avons continué à chanter et prier pour la paix, la sécurité, pour nous et tout le pays.

Comment se sont déroulés les jours suivants ? Comment vous sentiez-vous ? Quelle était l’ambiance générale ?

Les jours suivants ont été relativement identiques : attaques de drones, interceptions de missiles, des explosions très bruyantes, nuit et jour. Nous avons continué à prier et louer Dieu. L’effet de surprise et de choc étant passé, nous étions plus calmes. Cela peut paraître étonnant, mais nous nous sentions en paix. Dieu nous a apporté sa paix. Nous avons senti que Dieu nous protégeait. Il a ouvert nos esprits et nous avons commencé à comprendre la « dynamique » de la guerre, comment opérait la défense. Une paix divine s’est emparée de nous. Le plus dur a été de ne pas réussir à dormir un nombre d’heures suffisant chaque soir, car nous recevions beaucoup d’alertes la nuit. Et enfin, après une dizaine de jours, nous avons constaté que la situation ne se résorberait pas aussi vite que nous l’espérions et nous avons été rapatriés en Europe. J’y vois la providence divine également car les attaques se sont intensifiées. Le lendemain de notre départ, des stations essence ont été visées et ont explosé, libérant des particules extrêmement toxiques dans l’air. C’est une catastrophe pour les locaux.

Justement… Vous êtes maintenant et temporairement de retour en Europe, mais vous avez laissé au Moyen-Orient des amis, locaux et étrangers. Existe-t-il des moyens de les aider ?

Plusieurs de nos amis ont été rapatriés en Europe, en Amérique. Mais oui, nous avons laissé plusieurs autres sur place. Nous restons en contact avec eux par téléphone, en essayant de leur apporter du soutien moral et spirituel. Des amis missionnaires ont mis en place un système de « panier solidaire ». En effet, beaucoup de gens ont perdu leur travail et se retrouvent sans ressources. Les missionnaires tentent de recueillir des dons et des ressources pour venir en aide de manière concrète. Et nous, nous pouvons les aider, bien sûr, à travers la prière.

Pour Aline et François, leur passage en Europe est temporaire. Leur désir le plus cher est de pouvoir retourner vivre au Moyen-Orient pour continuer leur mission sur place. Prions pour eux, pour le plan que Dieu trace chaque jour pour eux et pour les populations directement aux prises avec ce conflit.

De Adventiste Magazine

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