Nous avons besoin les uns des autres pour grandir

Par Adventiste Magazine

Si vous avez déjà planté un arbre et que vous l’avez vu grandir, vous savez que la croissance d’un arbre consiste surtout à prendre de la hauteur. Puis, à mesure que les arbres vieillissent, au lieu de pousser vers le haut, leurs racines s’enfoncent de plus en plus profondément, devenant plus fortes. Nous utilisons des mots comme « élancé » ou « souple » pour décrire un jeune arbre ; et « solide » ou « bien enraciné » pour décrire un arbre mature. Tant qu’un arbre est vivant, il continue de croître vers une plus grande maturité. Il en va de même pour la croissance et le développement d’un être humain ; nous utilisons des mots comme « énergique » ou « joueur » pour décrire les enfants ; et « expérimenté » ou « sage » pour décrire une personne plus âgée. Tant que nous sommes en vie, la croissance vers une plus grande maturité est le chemin que nous empruntons tous.

Il en va de même pour notre vie spirituelle. Peu importe depuis combien de temps nous nous définissons comme disciples de Jésus, et peu importe que nous soyons jeunes ou âgés : chacun de nous est appelé à grandir vers la maturité (voir 2 Corinthiens 10.15 ; 2 Thessaloniciens 1.3 ; 1 Pierre 2.2 ; Éphésiens 4.11-16 ; Galates 4.19). L’apôtre Pierre a décrit cela comme le fait de « grandir jusqu’au salut » (voir 1 Pierre 2.2).

S’il existe une « maturité spirituelle », il doit aussi exister une « immaturité spirituelle ». Mais que ressentiriez-vous si je vous demandais d’identifier et de décrire une personne spirituellement immature ? Pour beaucoup d’entre nous, définir un autre croyant comme spirituellement immature semble en quelque sorte inapproprié. Mais que ressentiriez-vous si je vous demandais plutôt si vous vous considérez comme spirituellement mûr ? Cela semblerait-il aussi en quelque sorte inapproprié ? Peut-être présomptueux ?

Nous pourrions avoir des sentiments ambivalents en parlant de maturité spirituelle ou de son absence ; pourtant, les auteurs du Nouveau Testament, en particulier l’apôtre Paul, n’avaient pas ces scrupules. Par exemple, les croyants d’Éphèse ont reçu l’instruction de grandir vers la maturité, afin de ne plus être « des enfants » (Éphésiens 4.14). De même, les Corinthiens ont étédécrits comme des « enfants en Christ », ayant besoin de « lait », parce qu’ils n’étaient pas encore prêts pour la « nourriture solide » (voir 1 Corinthiens 3.1-2). Paul semblait considérer l’immaturité spirituelle comme une étape normale de l’apprentissage à la suite de Jésus. Tout comme il y a de la beauté, et non de la honte, à être un jeune arbre ou une personne jeune, il y a de la beauté, et non de la honte, à être « un enfant » dans notre cheminement spirituel.

Mais que se passe-t-il si nous restons bloqués dans l’immaturité spirituelle ?

Au début du XIXe siècle, les médecins ont forgé le terme « développement interrompu » pour décrire une interruption de la croissance physique. Aujourd’hui, les psychologues utilisent ce terme pour décrire une croissance émotionnelle ou psychologique qui s’est arrêtée prématurément. Cela peut résulter de traumatismes, de négligence ou de grands bouleversements dans la vie, comme la dépendance, et cela décrit l’incapacité d’une personne à dépasser certains schémas comportementaux immatures, malgré une maturité physique.

Même si nous pourrions supposer que grandir vers la maturité spirituelle est une conséquence inévitable du choix de suivre Jésus, quelque chose de semblable au « développement interrompu » peut aussi se produire dans notre vie spirituelle. Comme nous le dit le livre des Hébreux : « Il s’est passé suffisamment de temps pour que vous deveniez des maîtres, et pourtant vous avez encore besoin qu’on vous enseigne les premiers éléments du message de Dieu ! Vous avez encore besoin de lait, au lieu de nourriture solide » (Hébreux 5.12).

À partir des passages du Nouveau Testament qui encouragent les croyants à se réunir (par exemple, Actes 2.42-47 ; Éphésiens 4.12 ; Colossiens 3.16 ; 1 Thessaloniciens 5.11 ; Hébreux 10.25), nous avons tendance à supposer que la croissance spirituelle sera le résultat naturel d’une fréquentation régulière de l’église et de notre participation. Pourtant, bien que la présence à l’église soit vitale, elle ne suffit pas. Selon le théologien Dallas Willard, l’un des obstacles les plus importants à la croissance spirituelle est de supposer qu’aller régulièrement à l’église est suffisant. Willard raconte avoir rendu visite à un ami missionnaire qui travaillait dur pour faire revivre des églises mourantes. Lorsque Willard a demandé à son ami quels étaient ses projets pour aider les gens à grandir spirituellement, l’ami a répondu : « Il suffit de faire entrer les gens à l’église, ils finiront bien par comprendre. » En réfléchissant à toute l’hostilité et la colère interpersonnelle qu’il avait observées chez des personnes qui étaient « entrées » depuis longtemps, Willard s’est souvenu du vieux proverbe selon lequel entrer dans une église ne fait pas d’un homme un chrétien plus que d’entrer dans un garage ne fait d’un homme une voiture.

Et pourtant, comme l’a affirmé Dietrich Bonhoeffer, « Le chrétien a besoin d’un autre chrétien qui lui parle de la Parole de Dieu. Il en a besoin encore et encore lorsqu’il devient incertain et découragé, car il ne peut pas s’aider lui-même. » Est-il possible que le fait de « se réunir » des Écritures et le « besoin des autres » de Bonhoeffer décrivent quelque chose de différent de notre expérience contemporaine de la fréquentation de l’église ?

La première lettre aux Thessaloniciens offre une perspective unique sur le fait de « se réunir » et sur le fait « d’avoir besoin les uns des autres » pour grandir vers la maturité spirituelle. Selon ce passage, les croyants au stade infantile de la maturité spirituelle ont besoin d’une « mère qui prend soin de ses enfants » (1 Thessaloniciens 2.7), qui apporte amour et soin, ainsi que l’enseignement et l’exemple de la vie chrétienne (v. 8). À mesure que les nouveaux croyants grandissent progressivement de l’enfance spirituelle vers une enfance spirituelle plus avancée, ils ont besoin de quelqu’un de plus semblable à un « père » (v. 11), qui les encourage vers la maturité spirituelle (v. 12). Enfin, les croyants mûrs sont appelés « frères et sœurs » (v. 14), ce qui implique un apprentissage réciproque.

L’image du père et de l’enfant, ainsi que celle des frères et sœurs dans ce passage, implique que la croissance spirituelle se produit dans le cadre de relations personnelles intentionnelles et étroites. En substance, cela ressemble à ce qui devrait se produire dans les familles chrétiennes : un soutien intergénérationnel au développement de la foi et à la croissance spirituelle. Sans relations personnelles intentionnelles et étroites, tant les enfants qui grandissent dans des familles chrétiennes que les nouveaux croyants ont moins de chances de grandir vers la maturité spirituelle.

Malheureusement, dans l’agitation de la vie moderne, nous avons du mal à trouver le temps et la capacité émotionnelle nécessaires pour entretenir des relations avec nos familles, sans parler d’autres croyants. Par conséquent, sans expériences spirituelles partagées dans le cadre de relations étroites, nos enfants et les nouveaux croyants apprennent à aller à l’église et à revêtir le masque du sabbat, imitant le langage et le comportement des autres membres, sans pour autant savoir comment vivre réellement une vie chrétienne. Dans le meilleur des cas, même le développement spirituel des membres d’église de longue date reste bloqué dans l’enfance spirituelle. Dans le pire des cas, nos enfants et les nouveaux croyants sont immunisés contre l’Évangile, l’ayant essayé et n’y voyant qu’un simple ensemble de fausses promesses de transformation spirituelle.

Alors, que pouvons-nous faire ?

Dans le tourbillon de nos vies, nous devons donner intentionnellement la priorité à au moins une relation personnelle étroite avec quelqu’un qui peut nous aider à grandir. Si vous êtes jeune, par l’âge ou dans la foi, soyez intentionnel dans la création d’un lien avecune « mère » spirituelle, homme ou femme, qui puisse vous offrir l’amour et le soin, l’enseignement et l’exemple qui vous aideront à grandir spirituellement. Si vous êtes un peu plus avancé dans votre cheminement spirituel, soyez intentionnel dans la construction d’une relation avec un « père » spirituel, homme ou femme, avec qui vous pourrez partager une véritable conversation spirituelle, exprimer en toute sécurité vos doutes et vos divergences d’opinion, et qui pourra encourager, enseigner et façonner votre maturité spirituelle. Et si vous êtes un croyant plus mûr, comme le montre le fruit de l’Esprit dans votre vie, recherchez une amitié spirituelle avec un « frère » ou une « sœur », quelqu’un avec qui partager de manière vulnérable votre chemin de foi et dont vous pourrez aussi apprendre ; et pensez également aux jeunes croyants dans votre sphère d’influence, peut-être un enfant, un petit-enfant ou un nouveau membre d’église, et réfléchissez à la manière dont vous pourriez être pour cette personne une « mère » ou un « père » spirituel.

Car nous avons besoin les uns des autres pour grandir.

De Edyta Jankiewicz, directrice des Ministères de la Famille pour la Division du Pacifique Sud
Source : https://record.adventistchurch.com/2026/03/12/we-need-one-another-to-grow/ 
Traduction : Tiziana Calà

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